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Interview du Docteur Marc Wluczka
par OlivierP | 5 March 2008
Médecin de santé publique, Marc Wluczka a tout d’abord dirigé des services de lutte contre la toxicomanie puis contre le Sida en Ile-de-France. Il est maintenant à la tête du service de santé publique d’une agence gouvernementale œuvrant dans le domaine social. Acteur important dans la lutte contre le saturnisme à Paris, nous avons souhaité l’interroger sur la politique « santé » que compte conduire Frédérique Calandra et son équipe dans le 20ème arrondissement de Paris.
• Beaucoup de personnes vont directement aux services d’urgence pour des soucis de santé qui n’en relèvent pas systématiquement, entrainant un engorgement de ces services. Pourquoi selon vous ?
« Vous parlez des personnes qui consultent pour ce qu’on appelle de la “bobologie”, c’est à dire des maladies banales qu’un médecin de ville pourrait bien mieux traiter. Il y a deux explications à ce phénomène inquiétant :
- La première est sociale. Bien des personnes ne peuvent faire l’avance de la consultation : 22 euros aujourd’hui pour un médecin généraliste conventionné, mais parfois beaucoup plus pour un spécialiste comme un otorhinolaryngologiste (ORL) ou un ophtalmologiste dont beaucoup sont en honoraires libres. Ou bien il peut s’agir de personnes ne bénéficiant d’aucune couverture sociale ou même de personnes n’ayant pas la couverture médicale universelle (CMU) alors que leurs revenus sont très faibles.
- Le second phénomène est tout aussi inquiétant : c’est l’incapacité des pouvoirs publics à mettre en place un système d’accueil des urgences hors de l’hôpital alors que dès 20h il n’y a plus que des services privés - et très chers ! - qui répondent aux appels. »
• Quelle politique comptez-vous mener pour limiter ce phénomène ?
« Une des solutions sera la création d’une maison médicale dans le 20ème, nous espérons même que nous serons les premiers à Paris à en disposer. Dans cette maison, les patients pourront disposer d’un accueil médical sur place, voire en visite à domicile, qui devra se substituer à l’accueil “bobologique” des urgences pour un moindre coût, tout en garantissant à tous et toutes un véritable accès aux soins et à la prévention. Cette maison médicale travaillera en liaison étroite avec les deux services d’accueil existants : Tenon et la Croix Saint Simon, mais aussi avec les urgences psychiatriques de l’Hôpital de Maison-Blanche. Ce chantier est d’autant plus prioritaire que l’accueil - actuellement indigne ! - des urgences de Tenon va enfin être transférer dans un nouveau bâtiment mais le temps que va prendre la construction sera nous le savons critique pour l’arrondissement. »
• Dans les médias, on entend parler des défibrillateurs qui permettent de secourir les personnes victimes d’arrêts cardiaques. Dans le contrat municipal présenté par la liste conduite par Frédérique Calandra, engagement est pris d’installer des défibrillateurs cardiaques dans les structures municipales. Pouvez-vous nous en dire plus ?
« Ces dispositifs n’ont de sens qu’avec une information du public sur la façon de s’en servir et les indications. J’en profite pour dire qu’un effort devrait être fait pour proposer à tous les jeunes, garçons et filles, des cours de secourisme ce qui est un excellent apprentissage de la solidarité et de la citoyenneté! »
• Concernant les jeunes enfants, les offres de consultations en PMI sont bien inférieures aux besoins des habitants de notre arrondissement. Que comptez-vous entreprendre en la matière ?
« Non seulement, elles ne sont pas suffisantes mais la fonction d’accueil des grossesses et des jeunes mamans a été progressivement délaissée et n’est plus assumée qu’en milieu hospitalier. C’est sans doute une erreur qui, au passage, aggrave encore l’attractivité des hôpitaux pour des activités qui pourraient avoir lieu ailleurs. Nous interviendrons auprès du département de Paris en ce sens. »
• Quelle politique comptez-vous mener en faveur des personnes en situation de précarité et sans couverture sociale.
« Nous ne sommes qu’une mairie d’arrondissement qui ne peut résoudre ce problème qui est du ressort de l’Etat. Il nous appartiendra donc d’être à la pointe de la lutte contre la politique gouvernementale dans le domaine de la protection sociale qui allie un libéralisme idéologique injuste à un refus de s’attaquer aux vraies causes des inégalités de santé. A cet égard, on ne peut que s’inquiéter des ballons d’essai qu’on entend régulièrement et qui tous vont dans le sens du désengagement de la sécurité sociale au profit d’assurances privées. L’état sanitaire désastreux des pays qui ont fait ce type de choix, comme les Etats Unis, ne semble donc absolument pas émouvoir l’actuel gouvernement. La municipalité du 20ème saura se monter combattive sur ce terrain comme sur d’autres. »
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